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07 février 2015

Apprendre le violon et avoir confiance en soi

" J'aimerais bien jouer avec d'autres, mais dès que je prends l'archet devant quelqu'un et même seulement rien que de l'imaginer, ma main se met à trembler."

"Devant mon prof, je tremble systématiquement..." 

"Avoir confiance en moi ? Pas possible !!! Quand je saurai bien jouer peut-être..." (dit à 3 mois de violon, redit à 4 ans de violon, re et redit à x années de violon.

 

Ah, comment jouer d'un instrument si fin dans sa technique quand on tremble de tous ses membres ou que paralysé par la crainte de se tromper, on se crispe à en avoir les jointures blanches ? Le violon, c'est la légèreté, la souplesse, comment en jouer quand la seule force de nos pensées nous transforme en un véritable bloc de béton ?

 

Le rôle du prof dans la confiance

En tant qu'apprenti adulte, on peut avoir besoin de prendre des cours avec un prof pour se motiver. On peut aussi avoir envie de prendre des cours en se disant que sans ça, on n'y arrivera jamais ou bien on prendra de "mauvaises habitudes" ou bien encore on n'apprendra pas "comme il faut". C'est alors le signe d'une faible confiance en soi qui ouvre la porte à toutes sortes d'individus, des honnêtes (heureusement) mais aussi et surtout d'autres qui le sont moins, de type pervers narcissiques, manipulateurs et autres espèces du genre négatif...

Pour moi, un vrai bon prof est un individu qui maîtrise son art, mais aussi et surtout quelqu'un qui guide son élève vers l'autonomie, qui lui donne les clés pour se débrouiller seul. En aucun cas, le prof ne cherche à freiner la progression de l'élève pour le conserver dans son giron comme s'il était le seul à pouvoir lui assurer la meilleure progression qui soit. En aucun cas il ne cherche à minimiser les envies d'expériences musicales de l'élève engendrées par sa motivation, au contraire, il l'encourage à se lancer dans les voies qui semblent le booster.

 

J'ai rencontré plusieurs profs de violon, suivi des cours avec certains, simplement discuté et observé le comportement d'autres avec leurs élèves.

Je me suis sentie tour à tour encensée et rabaissée par l'un d'entre eux qui me baladait au gré de ses envies, tel un bouchon avec lequel on s'amuse, pour essayer tel truc, pour voir si tel autre fonctionne, sans aucune considération de mes envies de jeu et de progression.

Une autre m'a dit au bout de quelques mois de cours qu'elle constatait que j'avançais mieux seule qu'avec elle, qu'elle ne voyait pas quoi me proposer de mieux et me conseillait donc de continuer solo et qu'elle serait à ma disposition en cas de besoin, elle continue à prendre régulièrement de mes nouvelles.

Une autre enfin, avec qui je n'ai jamais pris de cours mais que je rencontre souvent, me dit qu'elle est ravie de me voir progresser, mais ne m'a jamais proposé de prendre de cours parce qu'elle estime que je me débrouille très bien comme ça.

A votre avis, qui m'a incitée à avoir le plus confiance en moi ? Les deux dernières bien sûr. Le vrai bon prof pour moi n'est pas celui qui parle beaucoup en se décrivant comme le pédagogue généreux, rempli d'humanité qui aide, car celui qui se décrit comme tel ne fait que perdre son temps (et celui de l'élève) en belles paroles. Le vrai pédagogue se contente de tout mettre en oeuvre pour la progression de son élève dans le bien-être, le généreux ne se désigne pas, il donne sans attendre en retour, celui qui a des valeurs humaines ne le dit pas, il agit simplement en respectant ces valeurs.

Le vrai bon prof selon moi aide réellement son élève et le pousse à prendre confiance en lui, il va jusqu'à estimer quand l'élève n'a plus besoin de lui et le lui dit franchement de manière joyeuse, il ne l'entretient pas dans la dépendance. Je considère que c'est un honneur pour un vrai bon prof de voir son élève voler de ses propres ailes, il n'en conçoit aucun regret ni désagrément, mais de la joie au contraire puisqu'il a réussi à lui octroyer l'autonomie.

 

Comment améliorer sa confiance en soi ?

Des milliers d'ouvrages existent sur ce sujet, des coachs en ont fait leur métier, des psy aussi, bref, voilà un problème qui n'est pas nouveau et pas plus que tous les autres, je n'ai LA solution qui fonctionne à coup sûr, j'ai juste trouvé MA solution, celle qui me convient, à force d'expériences et de cassages de nez, de tentatives réussies et d'autres beaucoup moins (mais on apprend aussi beaucoup de celles-là).

Je pense que la clé est là, vouloir chercher à avancer, à s'en sortir, sans plus attendre que qui que ce soit vienne nous aider car tout vient de soi, uniquement de soi. C'est quand on se sent capable de quitter le prof qu'on le comprend.

Pour moi, grandir, c'est ça, c'est devenir autonome, pour le violon comme pour le reste. Ca ne veut pas dire devenir solitaire, ça veut dire être indépendant. Ca signifie qu'on s'autorise à faire des tas de rencontres musicales et qu'on les conserve tant que ça roule, qu'on en est content et qu'on constate qu'on avance dans le bon sens. Et puis si un jour, ça coince, on ne reste pas à s'engluer dans le marécage, on en sort et on continue à avancer.

 

Quand j'ai commencé le violon, j'ai créé un blog où je montrais les vidéos de ma progression, où j'attendais des commentaires pour m'aider à avancer, des commentaires qui venant de toutes parts étaient bien souvent contradictoires et faisaient que je ne savais finalement plus très bien à quel saint me vouer. Des commentaires gentils et complaisants et des commentaires franchement méchants. Des commentaires donnés par des personnes dont les intentions n'étaient pas toujours bonnes. Des commentaires enfin qui était laissés par des personnes n'ayant pas les mêmes objectifs que les miens.

A trop vouloir m'y conformer, à vouloir tenter de suivre les conseils reçus, je finissais par me perdre, en tout cas, je n'écoutais plus si ce que je jouais me plaisait à moi, si la manière dont je jouais me convenait à moi, je n'écoutais que l'avis des autres. J'étais inscrite sur un forum où des vidéos se partageaient entre membres, c'était la même chose, des conseils de tous poils, venant de toutes parts et finalement ne m'apportant rien parce que j'avais perdu la base : mon avis personnel. J'ai donc supprimé mon blog et quitté le forum en question pour me retrouver, moi.

J'ai bien fait.

 

Car la base est là : pourquoi apprenons-nous à jouer du violon ? Pour plaire aux autres ou bien pour nous faire plaisir à nous ?

Mon précédent article parle des morceaux, des études, des exercices, que sommes-nous prêts à faire et pour combien de temps avant de nous faire plaisir ? Combien d'années estimons-nous devoir trimer avant de pouvoir nous faire réellement du bien avec notre instrument ? Et qui sommes-nous pour déterminer si on aura le temps d'arriver jusque là ?

Un élément déterminant, pas donné à tout le monde, je vous l'accorde, m'a fait faire un bond en avant magistral dans la confiance en moi : j'ai fait un infarctus, je suis passée tout près, comme on dit, à tout juste 44 ans. Là, j'ai mesuré la fragilité de la vie et considéré que je n'avais plus de temps à perdre à tergiverser avec des conseils et avis de tous poils. On m'a appris tout récemment ce dicton "les conseilleurs ne sont pas les payeurs", c'est tellement vrai, en salle d'opération, j'étais bien toute seule sur le billard, personne d'autre que moi. 

J'ai aussi décidé que je ne perdrais plus de temps à trimer pour des choses qui n'en valent pas la peine, mais qu'au contraire, je ferais de ma vie, de ce qu'il en reste, un patchwork de moments de bonheur. Car une chose est certaine, nous seuls menons la barque, la nôtre, personne d'autre sur le billard au moment fatidique où tout se joue à pile ou face.

En gros, maintenant, c'est "tout se passe bien, ok, si c'est pas le cas, je change de chemin, je n'ai pas de temps à perdre avec des âneries". Hé bien, cette façon de penser pour la confiance en soi, c'est tout simplement divin.

 

Car la confiance en soi, c'est un état d'esprit, c'est accepter qu'on est seul, même si l'on vit bien accompagné, que nos proches, notre famille, nos amis comptent beaucoup pour nous, qu'ils peuvent effectivement nous aider à certains moments ou tout simplement par leur présence bienveillante, personne ne peut jamais savoir ni comprendre réellement ce qu'on est le seul à ressentir au fond de soi.

A partir de là, on se prend en main comme la grande personne que l'on est et on avance, il n'y a rien ni personne à attendre, on n'a qu'une seule vie, on ne sait pas combien de temps elle dure, alors on avance. Pas besoin d'arriver jusqu'à l'infarctus pour ça (non, non, vous n'êtes pas obligés...), à partir du moment où on le décide, on le peut !

Et gardez toujours à l'esprit que les barrières qui se dressent devant nous sont celles qu'on se fixe ou qu'on laisse les autres nous fixer, une fois qu'on les fait sauter, il y a toujours un chemin qui s'ouvre et sur lequel on peut avancer, parfois même à pas de géant.

 

Le reste n'est plus que petits "trucs" qu'on peut mettre en place pour nous accompagner sur le chemin et éviter de reprendre les mauvaises habitudes. 

Voici quelques exemples de "trucs" qui fonctionnent pour moi concernant l'apprentissage du violon :

- me séparer de tous les supports que je n'utilise pas ou plus ainsi que de tous ceux qui ne me plaisent pas (vente, don, poubelle, tous les moyens sont bons pour faire du vide ! lol) : ça fonctionne parce qu'il n'y a plus de place pour le doute = je n'ai pas à reprendre ma première méthode de violon au niveau où j'en suis maintenant, je peux avoir en confiance en moi, je ne risque pas d'oublier ce que j'ai appris (à moins d'avoir une amnésie totale, auquel cas, je devrais tout reprendre à zéro et pourrais tout racheter, si toutefois je développais à nouveau cette envie de jouer du violon, vu que j'aurais tout oublié ! Nan... Sans déconner, faut pas pousser ! :)).

Se séparer de ces supports, c'est aussi le moyen de mettre la culpabilité éventuelle de côté, du style, oh la la, ce bouquin d'études que j'ai acheté l'an dernier, je ne l'ai toujours pas fini, je suis mauvaise élève ! STOP, et alors ? C'est la finalité de votre vie de le finir ce bouquin d'études ou bien c'est de jouer autre chose ?

- oser avancer, décoller des morceaux même je n'arrive pas encore à les jouer nickel comme je voudrais pour aller vers de nouveaux et même de plus compliqués, car oui, il arrive parfois que des morceaux plus difficiles fassent décoincer et quand on reprend alors les anciens sur lesquels on a eu du mal, ils nous semblent d'une facilité déconcertante. Et puis n'oublions pas que le but n'est pas de se dégoûter, mais de se faire plaisir...

- jouer des morceaux à son niveau réel, ne pas se sous-estimer en se disant que c'est trop dur et qu'on ne va pas y arriver, essayer, même si c'est hors de portée parfaitement maintenant, on en tirera toujours quelque chose.

Dans cet état d'esprit, ne pas hésiter à transformer un morceau à son niveau réel, soit en le compliquant, soit en le simplifiant, l'auteur ne nous en tiendra pas rigueur (c'est certain !) et on se fera plaisir tout en continuant à progresser :)

 

Il y a quelques temps de ça, j'aurais ajouté : oser aller vers les autres, oser jouer devant un public, oser jouer devant et avec des musiciens professionnels, parce que leur contentement renforce notre "vase de confiance" en nous, mais aujourd'hui, je ne suis plus d'accord avec ça, parce que la confiance en soi, on la développe en soi, on la porte en soi, seul, nul (et surtout pas) besoin des autres pour la renforcer, c'est un travail à faire en solitaire pour satisfaire seul son besoin de reconnaissance. 

 

Comment savoir si on se rapproche de la confiance en soi ?

L'avis des autres, qu'il soit bon ou mauvais, n'a plus d'effet sur notre confiance interne, on reste zen et confiant en toutes circonstances, parce qu'on est systématiquement en situation de "recul" où tout est automatiquement relativisé, ce qui est très appréciable.

Il y a un signe très net qui accompagne cette confiance chez moi, c'est la sérénité et la confiance en l'avenir. Et qu'est-ce que c'est bon...

 

Ensuite, c'est un travail régulier, la confiance en soi s'entretient. Elle peut se trouver mise à mal dans des circonstances particulières qu'on apprend à détecter rapidement car la sérénité n'est plus là.

Mais quand on  a fait le chemin une première fois, on le retrouve de plus en plus facilement, gardez... confiance :)

 

 

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