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10 décembre 2014

Quelques astuces pour surmonter le trac quand on joue du violon en public

La date "fatidique" d'une représentation en public approche et on se sent plus proche de l'état liquide que solide.

 

Comment se préparer au mieux, musicalement et psychologiquement ? Je vous partage ces quelques petites astuces qui fonctionnent pour moi.

 

1. Rester concentré en étant préparé aux imprévus

Au delà des détails pratiques (un 2ème archet, un jeu de cordes de rechange, etc), il est bon de se préparer en travaillant sa concentration, car le jeu en public a ceci de très particulier qu'il se passe souvent des choses qu'on n'a pas prévues et qui viennent encore ajouter à la pression.

Une anecdote, j'ai l'habitude de jouer pour les résidents d'une maison de retraite. Or, parmi ces personnes âgées, certaines sont atteintes de la maladie d'Alzheimer et ont parfois des réactions inattendues comme par exemple venir se poster, très attentifs, à 20 cm de mon visage pendant que je joue... De deux choses l'une, ou je reste bloquée sur une partition comme si de rien n'était, ou je prends en compte cette personne et j'échange avec elle tout en continuant à jouer. C'est certes plus compliqué et demande de l'entraînement, mais c'est aussi beaucoup plus humain et pour tout dire, c'est quand même la raison pour laquelle je joue en maison de retraite...

Jouer en public, pour moi, c'est prendre en compte le public, quel qu'il soit et ses réactions, c'est vivre et jouer avec lui et c'est dans cet état d'esprit que je rédige cet article.

 

Comment donc se préparer à ce genre d'imprévus ?

Par définition, un imprévu ne pouvant être... prévu, il est impossible d'imaginer ce qui va bien pouvoir se passer, certains publics sont très créatifs ! lol ! Blague à part, voilà comment je procède : tout d'abord, j'apprends mes morceaux par coeur (avec la partition et d'oreille), c'est la première des conditions pour me sentir en confiance. Sur place, la partition sera peut-être sur un pupitre pour s'y raccrocher en cas de problème, mais elle ne me sera pas indispensable.

Ensuite et surtout, je vais travailler ces morceaux en boucle dans différentes situations, différentes positions, c'est là que se travaille la mémorisation profonde, en "perturbant" la concentration. Je fabrique un parcours avec des obstacles ici et là, des chaises, une poubelle, un livre, un mobile, un escalier, etc, et je joue mon répertoire en me déplaçant entre ces obstacles.

Je trouve beaucoup d'intérêt à cet exercice car non seulement il permet d'apprendre à me concentrer sur plusieurs choses à la fois (le jeu, les obstacles, le public), mais aussi de gérer l'équilibre de mon jeu en déplacement. C'est également un travail très intéressant pour gérer l'amplitude de l'archet dans les passages étroits.

 

2. S'entraîner avec différents types de publics

En commençant par les plus sympas (qui ne sont pas nécessairement ceux que l'on croit comme les amis ou la famille...). Les enfants sont un excellent public, ils sont curieux. Il faut bien sûr un répertoire adapté, et une durée limitée pour capter leur attention. Les personnes âgées sont un très bon public également, toujours avec un répertoire qui leur est adapté, elles ont la générosité d'être très tolérantes avec les débutants dans la mesure où il y a une dimension "humaine", c'est-à-dire où on prend le temps d'être vraiment avec elles, de se présenter, d'expliquer pourquoi on est là, de les écouter et les regarder, etc.

 

 

3. (faire) vivre la musique

Le top, c'est de faire participer le public, que ce soit en chantant, en frappant des mains, en dansant, ... Je dis que c'est le top, parce qu'alors il n'y a plus acteur/spectateurs mais uniquement des personnes qui vivent pleinement la musique. 

De plus, quand le public participe de manière active, j'ai constaté que cela enlève une part de pression considérable au musicien qui se sent moins observé/scruté. Et les fautes éventuelles, même les plus grosses, passent beaucoup plus inaperçues dans un environnement vivant (elles font partie de la vie) que crispé dans un silence religieux à l'affût du bruit équivalent au dixième du quart de poil de vrombissement d'aile de mouche provoqué par un archet pas tout à fait rectiligne ! lol. Franchement, quand on prend du bon temps, on profite, on n'est pas à la recherche de la perfection, personnellement quand j'en arrive là au cours d'une représentation, c'est le signe que je m'ennuie et qu'il est temps de partir...

 

 

 

 4. L'expérience ? Surtout le lâcher prise !

J'avais tendance à penser au début que plus je jouerais en public, moins j'aurais de peine à le faire. Il s'avère finalement que suite à une brusque interruption de plusieurs mois pour grave raison de santé, j'ai relativisé ma relation à la vie et au violon. Mon retour au jeu en public sans plus aucun trac me fait dire aujourd'hui qu'il s'agissait donc plus d'une question de psychologie et de lâcher prise que d'expérience.

Comment j'en suis arrivée là ? J'ai relativisé et me suis demandé pourquoi je joue du violon et pourquoi je souhaite le faire en public, quelle est ma raison profonde et plus généralement, quelles sont mes priorités dans la vie. Puis, on peut aller plus loin, en se demandant quelles sont les implications de cette représentation, les risques encourus : va-t-on mourir foudroyé en descendant de l'estrade parce qu'on se sera trompé ? Et être franc avec soi-même pour répondre à cette question : au pire, n'est-ce pas uniquement notre égo qui en prend en coup ?

Alors,  en ce qui le concerne, cet égo, descendre notre barre d'exigence est la solution, nous sommes souvent beaucoup plus exigeants avec nous-mêmes que ne l'est notre public. Or, c'est cette exigence qui nous met la pression et qui non seulement risque de nous faire rater, mais aussi qui nous coupe de notre plaisir à jouer.

Car quoi qu'on en dise, jouer pour les autres, c'est d'abord jouer pour soi, pour se faire du bien (pas du mal...) et pour se faire plaisir, sinon, il faut peut-être songer à régler ce problème de masochisme. Et contrairement à cette fausse idée encore largement répandue, se faire plaisir en premier, ce n'est pas être égoïste, bien au contraire, c'est même la meilleure manière d'en faire profiter les autres ! Et oui, réfléchissez un instant : en tant que spectateur, ne trouvez-vous pas plus agréable de regarder un musicien prendre du plaisir à jouer plutôt que de le voir tirer une tronche de cent pieds de long ? Hum ? Comment peut-on donner du plaisir à son public quand on ne le ressent pas soi-même ? Ca me semble terriblement compliqué...

D'ailleurs, petit aparté à ce propos, j'aime m'amuser à observer la tête que font les musiciens quand ils jouent, j'imagine alors que ça donne une une idée de ce qu'ils sont dans la vie : des gens insensibles, fermés, crispés ou bien des gens simples qui prennent un grand plaisir à vivre la musique et à la partager. 

Et c'est justement ça qui passe du musicien au public, l'aspect humain, le plaisir qu'on prend à l'écouter, à le regarder et c'est ce qui nous donne envie de jouer, de danser, chanter avec lui ou pas...

 

5. Prendre de la distance

Une fois qu'on a relativisé ses exigences et la portée de ses éventuelles erreurs, il reste à faire fi des critiques gratuites. Qu'il s'agisse de celles qu'on lit ici et là sur la toile, énoncées par des anonymes qui n'oseraient pas vous en dire le dixième en face ou de celles prononcées par des personnes qui croient détenir le savoir absolu.

Quand un musicien joue "humainement", il met certes de la technique dans la maîtrise de son instrument, mais surtout, il y met son coeur. C'est une proposition de ressenti qu'il offre à son public, qui apprécie ou pas, certes, mais c'est un cadeau qu'il fait, il ne le fait pas pour recueillir un avis, ou alors il lui faut voir un public spécifique constitué de professeurs :). Alors recevoir de simples critiques techniques, c'est comme se voir refuser le cadeau proposé. Oh mais dites donc, c'est mal élevé, ça ! Et vous allez vous laisser enquiquiner par des gens mal élevés ??

 

 

Entre nous, je considère ces personnes à la critique facile comme nuisibles pour tout être créatif, musicien ou autre, mieux vaut les tenir à l'écart, ils plombent la créativité en plongeant la petite fée dans l'ombre, en l'écrasant sous le talon de la toute-puissance du savoir unique qu'ils croient détenir (hé oui, ils n'ont pas encore compris que ça n'existait pas...).

 

Sérieusement, vivez votre musique, vivez le plaisir de jouer avec votre instrument et vivez avec votre public, il n'attend que ça, vivre ce moment avec vous, c'est pour ça qu'il est venu, pas pour vous scruter des pieds à la tête, pas pour vérifier que votre archet est bien droit, ni pour compter le nombre de fautes... D'ailleurs, tout à votre concentration pendant que vous jouiez, avez-vous remarqué le regard brillant de la personne au 3ème rang, l'avez-vous vu ? Quel souvenir gardera-t-elle de cette représentation ? Finalement, n'est-ce pas ça le plus important, le plaisir que vous lui avez apporté ?

 

 

 

A lire également sur le sujet, ces deux très bons articles sur le trac des musiciens :

http://www.lalettredumusicien.fr/s/articles/1912_145_trac...

http://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Anxiete-Pho...

 

 

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